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Psychotechnique

Matrice de Raven : test, méthode et entraînement

Les matrices de Raven mesurent l'intelligence fluide aux concours (police, armée, SNCF, RATP) : versions SPM, CPM, APM, méthode de résolution et entraînement.

Par Eliott Raoult
13 min de lecture Mis à jour le 24 juin 2026
Sommaire

Aux concours de recrutement (police, gendarmerie, armée française, légion étrangère, SNCF, RATP), l’épreuve psychotechnique comporte presque toujours une série de matrices progressives. La matrice de Raven en est la forme la plus répandue : une grille de figures géométriques dont il faut deviner l’élément manquant. À ne pas confondre avec les autres usages du terme rencontrés ailleurs (préparations paramédicales ou au permis), ce guide traite des matrices de Raven telles qu’elles apparaissent dans les épreuves de sélection, et de la méthode pour les résoudre vite et juste.

Qu’est-ce que la matrice de Raven ?

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Origine et créateur

Les matrices progressives de Raven sont une famille de tests d’intelligence à choix multiples créée par le psychologue britannique John Carlyle Raven en 1936, puis publiée pour la première fois au Royaume-Uni en 1938. À chaque question, le candidat complète une série en choisissant la pièce manquante. La plupart des questions se présentent sous la forme d’une matrice mathématique 3×3 ou 2×2, ce qui a donné son nom à la méthode.

L’histoire éditoriale du test explique pourquoi on le rencontre encore aujourd’hui. En 1972, les trois fils de Raven fondent en Écosse la maison d’édition J C Raven Ltd, rachetée par Harcourt Assessment en 2004. La dernière version, Raven’s 2, a été publiée en 2019 et est aujourd’hui diffusée par l’éditeur Pearson. En près de quatre-vingts ans, l’idée n’a pas changé : seuls les items et leur calibrage ont été révisés et adaptés à différentes populations.

Le concept de matrice progressive

Le mot « progressive » n’est pas anodin. À l’intérieur d’une série, les premières matrices reposent sur des formes simples et des règles évidentes, tandis que les dernières constituent de véritables casse-têtes qui mettent à l’épreuve les esprits les plus affûtés. Cette difficulté croissante, calibrée item par item, permet de situer précisément le point où le raisonnement de chaque candidat décroche.

Concrètement, imaginez une grille de neuf cases : huit contiennent des figures, la neuvième est vide. À vous de trouver le raisonnement inductif qui régit l’ensemble pour identifier la pièce manquante parmi six à huit propositions. Chaque matrice teste une règle logique différente : progression, rotation, symétrie, addition d’éléments. C’est cette capacité à percevoir une structure dans un désordre apparent que le test cherche à mesurer.

Ce que mesure le test de Raven : intelligence fluide et facteur g

Le facteur g de Spearman

Selon son auteur, la matrice de Raven mesure l’intelligence générale telle qu’identifiée à l’origine par Charles Spearman, c’est-à-dire le facteur g. Deux composantes sont ici en jeu : la capacité à raisonner clairement et à appréhender la complexité, des aptitudes de déduction, et la capacité à retenir et reproduire des motifs d’information. Spearman parlait, dès 1927, d’aptitude éductive : l’activité mentale qui consiste à donner du sens au désordre, à chercher ce qui n’est pas évident et à explorer de nouvelles perceptions.

En pratique, exercer sa capacité édutive, c’est analyser le schéma de relations entre les stimuli présentés, repérer les changements ou les liens entre eux, puis déterminer la bonne réponse parmi celles proposées. Les éléments sont présentés avec une difficulté progressive, ce qui laisse au sujet le temps d’assimiler la méthode de résolution avant d’aborder les matrices les plus exigeantes.

Intelligence fluide et capacité édutive

La capacité édutive évaluée par le test est très proche de ce que l’on nomme intelligence fluide : l’aptitude à résoudre des problèmes nouveaux, à raisonner et à penser avec flexibilité, sans recourir à des connaissances acquises. Elle se distingue de l’intelligence cristallisée, qui repose au contraire sur le savoir accumulé. C’est pourquoi le test mobilise aussi la mémoire de travail, l’attention et la perception visuelle, sans jamais faire appel au vocabulaire ni à la culture générale.

La force du test tient à cette induction pure : il mesure une composante essentielle de l’intelligence, la capacité à donner un sens à un ensemble d’éléments et à manier aisément une donnée complexe.

Un test non verbal et « culture-fair »

L’atout majeur de la matrice de Raven est son caractère d’intelligence non verbale. Composé uniquement de figures géométriques universelles, le test neutralise sensiblement l’influence de la langue, du niveau d’études et de l’origine culturelle sur les résultats. Cette propriété dite culture-fair le rend équitable pour les candidats non francophones, de culture étrangère ou issus de milieux socio-économiques peu favorisés, dont les connaissances scolaires interviennent peu dans la résolution.

C’est aussi ce qui en fait un outil polyvalent, applicable de 4 ans à 69 ans 11 mois, administrable individuellement comme en groupe. Il faut toutefois garder à l’esprit que le score ne résume pas l’intelligence globale : il évalue un domaine spécifique, lié aux fonctions exécutives (raisonnement, abstraction, flexibilité). Pour une évaluation complète, les psychologues recourent à des batteries plus larges comme celles de Wechsler, dont certaines sous-épreuves de raisonnement perceptif s’inspirent précisément des matrices de Raven.

Les trois versions du test de Raven

Les Progressive Matrices existent en trois formes de difficulté croissante, calibrées sur des populations différentes. Les étalonnages français de référence datent de 1998.

VersionItemsSériesPopulation cibleDurée (éditeur)
SPM (Standard)605 séries (A à E) de 12Niveaux d’études intermédiaires20 min
CPM (Couleurs)363 séries (A, Ab, B)Jeunes enfants (4 à 11 ans), populations spécifiques15 à 30 min
APM (Advanced)48Set I (12) + Set II (36)Niveaux d’études supérieurs, haut potentiel40 min

SPM (Standard Progressive Matrices)

Le SPM (ou PM38) est la forme originelle, publiée dès 1938. Son livret comprend 60 items répartis en 5 séries de 12 questions (de A à E), ordonnées par difficulté progressive et présentées en noir et blanc. Chaque série demande des aptitudes d’encodage et d’analyse de plus en plus poussées. L’étalonnage français de 1998 a porté notamment sur 670 enfants de 7 à 11 ans et demi, des adolescents de la 6ᵉ à la 3ᵉ et des adultes de niveau CAP à Bac +3/+4. C’est la version la plus proche du profil rencontré dans la plupart des concours de recrutement.

CPM (Coloured Progressive Matrices)

Le CPM (ou PM47) s’adresse aux enfants de 4 à 11 ans et demi ainsi qu’à des populations spécifiques. Il compte 36 items organisés en trois jeux (A, Ab, B), dont la plupart sont présentés sur fond coloré pour stimuler visuellement la personne testée. L’étalonnage français de 1998 a réuni 1 064 enfants. Il existe en version papier-crayon et en version encastrable (CPM-BF). Cette version concerne peu les candidats aux concours, mais elle complète le panorama du test.

APM (Advanced Progressive Matrices)

L’APM est réservée aux niveaux d’études supérieurs et aux profils à haut potentiel. La version longue comprend 48 items en deux cahiers : l’APM1-T (12 items) sert de banc d’essai pour familiariser le candidat et dissiper son anxiété, ou pour décider entre le SPM et la série II de l’APM ; l’APM2-T (36 items) présente des problèmes dont la difficulté croît graduellement vers davantage de complexité. Une version abrégée de 23 items, sélectionnés parmi les plus difficiles, sert à discriminer les sujets de haut niveau. La passation de la version longue est d’environ 40 minutes.

Enfin, le Raven’s 2 (2019) regroupe dans une seule version les niveaux autrefois couverts par le CPM, le SPM et l’APM, avec des items entièrement nouveaux et en couleur. Sa passation informatisée via la plateforme Q-global s’appuie sur une banque de plus de 300 items tirés aléatoirement, qui génère une épreuve unique pour chaque sujet, un atout pour son usage en concours. Il s’administre de 4 à 69 ans 11 mois (36 items et 30 minutes pour les 4 à 8 ans ; 48 items et 45 minutes pour les 9 ans et plus).

Méthode de résolution des matrices

La résolution efficace repose sur l’application systématique de trois principes d’analyse. L’idée est d’examiner successivement chaque dimension de la matrice, de formuler une hypothèse sur la logique sous-jacente, puis de vérifier sa cohérence avant de choisir.

Analyse par lignes horizontales

Premier réflexe : observer comment les figures évoluent horizontalement, ligne après ligne. Le nombre d’éléments augmente-t-il ? Une forme tourne-t-elle ? Une couleur ou une taille se modifie-t-elle de gauche à droite ? Identifier cette logique de transformation sur une ligne complète permet souvent de poser la première règle.

Analyse par colonnes verticales

Deuxième principe : examiner les progressions verticales, colonne par colonne, pour détecter des régularités ou des changements logiques que la lecture horizontale n’a pas révélés. Le croisement des deux lectures (lignes et colonnes) suffit à résoudre une grande partie des matrices de niveau débutant à intermédiaire.

Progressions et transformations complexes

Troisième principe : repérer les progressions complexes, notamment les évolutions diagonales ou les transformations implicites dans la structure globale de la grille. C’est à ce stade qu’interviennent les règles les plus subtiles. Voici les cinq familles de règles qui reviennent le plus souvent :

RègleMécanismeTechnique
Addition / soustractionLes éléments s’ajoutent ou se retirent selon une séquenceCompter les éléments de case en case
RotationLes formes pivotent de 45°, 90° ou 180°Suivre un repère distinctif (pointe, angle)
SymétrieRéflexion selon un axe horizontal, vertical ou diagonalTracer mentalement les axes possibles
Progression numériqueLe nombre d’éléments suit une suite mathématiqueIdentifier la séquence sous-jacente
Superposition / intersectionCombinaison logique de formes (et, ou, exclusif)Repérer les éléments conservés ou communs

Prenons un exemple de raisonnement pas à pas. Supposons une grille 3×3 où chaque case contient un même motif de base, un carré, à l’intérieur duquel figurent des points. Première lecture, par lignes : sur la ligne du haut, le carré contient un point, puis deux, puis trois ; le nombre d’éléments augmente d’une unité à chaque case. Deuxième lecture, par colonnes : de haut en bas, on retrouve la même progression d’un point par case. La case vide, en bas à droite, doit donc cumuler les deux logiques et présenter le motif le plus chargé. Troisième étape, la vérification : on détermine ce que donnerait précisément la règle, puis on cherche, parmi les six à huit propositions, celle qui correspond exactement, ni un élément de plus, ni un de moins. En écartant les distracteurs un à un (mauvais nombre d’éléments, orientation différente, forme erronée), on isole la seule réponse cohérente. Ce cheminement, formuler une hypothèse, la confronter aux deux axes, puis valider par élimination, est exactement celui qu’il faut automatiser pour gagner en vitesse sans sacrifier l’exactitude.

L’instruction du test est volontairement minimale : il s’agit simplement de compléter la matrice présentée avec l’un des motifs proposés. Aucune capacité d’écriture ou de parole n’est requise. Tout se joue dans la lecture méthodique des relations entre figures.

Les types de matrices en survol

Au-delà du niveau de difficulté, on distingue deux grands formats de matrices. Le premier consiste à déterminer la partie manquante d’une figure parmi plusieurs propositions. Le second demande de trouver le raisonnement logique qui unit plusieurs figures géométriques entre elles, un principe que l’on retrouve dans les suites graphiques. Dans les deux cas, la grille reste une matrice 2×2 ou 3×3 comportant un élément à identifier parmi six à huit options.

Cette logique de complétion appartient à la famille plus large des tests psychotechniques et du raisonnement abstrait, qui font l’objet d’épreuves dédiées. Les matrices de Raven en constituent l’une des formes les plus normées : certaines épreuves de sélection de haut niveau sont d’ailleurs composées presque uniquement d’items relevant de cette catégorie.

Les matrices de Raven dans les concours et le recrutement

Les matrices progressives figurent régulièrement dans les épreuves de sélection des concours de recrutement : police, gendarmerie, armée française, légion étrangère, SNCF, RATP. Leur intérêt pour les jurys est double : elles évaluent le potentiel d’apprentissage et le raisonnement d’un candidat indépendamment de son parcours scolaire, et leur format non verbal les rend équitables entre profils très différents. Les méta-analyses créditent ce type d’épreuve d’une bonne validité prédictive, avec des corrélations de l’ordre de 0,51 avec la performance au travail et de 0,56 avec la réussite en formation.

Concrètement, pour le jury, deux candidats au CV identique peuvent obtenir des scores très différents : c’est précisément ce que l’épreuve cherche à révéler, le potentiel de raisonnement « brut », plus difficile à simuler qu’un savoir appris. Pour le candidat, l’enjeu est donc d’arriver préparé non pas en mémorisant des réponses, impossible, puisque les items varient, mais en maîtrisant les automatismes de lecture des grilles.

Au-delà du recrutement, le test sert aussi en recherche scientifique, dans les établissements d’enseignement et en évaluation clinique, notamment pour estimer les capacités de patients ne pouvant utiliser le langage (lésion cérébrale acquise, trouble du langage, mutisme sélectif) ou de personnes ne maîtrisant pas la langue. Pour le candidat à un concours, l’enjeu reste simple : l’épreuve comportera très probablement un certain nombre de matrices à résoudre, et la maîtrise des principes de résolution est impérative.

S’entraîner efficacement aux matrices de Raven

L’entraînement régulier et structuré est la clé de la progression. Une stratégie efficace combine quatre composantes : la pratique d’exercices de complexité croissante, l’analyse réflexive des erreurs commises, l’application consciencieuse des trois principes d’analyse (lignes, colonnes, progressions complexes), et la mesure du temps pour développer à la fois l’exactitude et la rapidité. L’apprentissage par l’exemple est ici essentiel : un exercice corrigé permet de visualiser tout le cheminement analytique, du repérage de la règle au choix final.

Mieux vaut débuter par des matrices simples pour automatiser les mécanismes de base, puis monter progressivement en difficulté. Une montée en charge sur trois semaines donne de bons repères :

SemaineContenuObjectifDurée
1Matrices faciles et moyennesAutomatiser les cinq règles de base30 min/jour
2Mix facile / difficile + chronomètreTendre vers 45 secondes par matrice30 min/jour
3Majorité de matrices difficiles, en conditions réellesS’habituer au temps limité et à l’environnement d’examen30 min/jour

L’objectif n’est pas seulement d’augmenter son score, mais d’installer une approche systématique que l’on applique sans hésiter le jour de l’épreuve. C’est la régularité, plus que l’intensité ponctuelle, qui consolide les automatismes de raisonnement.

Questions fréquentes

Le test de Raven est-il un test de QI ?

Le test de Raven est souvent décrit comme un QI non verbal : il mesure une composante essentielle de l’intelligence générale, le facteur g, et fournit une indication fondée sur l’intelligence fluide. Il n’évalue toutefois qu’une partie des capacités cognitives et ne suffit pas, à lui seul, à établir un quotient intellectuel complet. Pour une évaluation globale, les psychologues utilisent des batteries plus larges comme le WISC ou le WAIS.

Quel est le score typique au test de Raven ?

Les résultats se lisent sous forme de score typique, comparé aux normes de la population de référence (selon l’âge et le niveau d’études). Le tableau ci-dessous donne les repères de classification qualitative :

Score typiqueClassification
≥ 130Très élevé
120 à 129Élevé
110 à 119Moyen, élevé
90 à 109Moyen
80 à 89Moyen, bas
70 à 79Bas
≤ 69Très bas

À titre indicatif, le score médian à l’APM est d’environ 20/48 en population générale et de 28/48 chez les ingénieurs.

Peut-on s’entraîner et progresser au test de Raven ?

Oui. Même s’il cible l’intelligence fluide, le test repose sur des familles de règles récurrentes (progression, rotation, symétrie, addition, superposition) que l’entraînement apprend à reconnaître plus vite. La progression vient surtout de l’automatisation de la méthode : commencer par des matrices simples pour ancrer les mécanismes, analyser ses erreurs, puis monter en difficulté en conditions chronométrées. C’est la régularité, plus que l’intensité ponctuelle, qui installe les réflexes utiles le jour de l’épreuve.

Le test de Raven est-il chronométré ?

Les versions papier ont une durée de passation indicative fixée par l’éditeur (autour de 20 minutes pour le SPM, par exemple), mais en contexte de concours l’épreuve est presque toujours menée en temps limité. La gestion du rythme devient alors aussi déterminante que l’exactitude : c’est pourquoi l’entraînement gagne à inclure un temps cible par matrice, pour apprendre à décider vite sans céder à la précipitation.

Matrice de Raven et test de dominos : quelle différence ?

Les deux sont des tests de logique non verbaux courants aux concours, mais sur des supports différents : la matrice de Raven demande de compléter une grille de figures géométriques en identifiant la règle qui les relie, tandis que le test de dominos repose sur des suites de dominos dont il faut déduire les valeurs manquantes.

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